Accueil
Votre panier
Présentation
Conditions de vente
Livraison
Questions
Magazine
Contact
Contact
Actualités | Découvertes | Portraits | Balades | Recettes | Bonnes adresses | Galerie photos
Un portrait
Chercheur en vins

par Laurent Mersier

à Ménerbes, le village des artistes, Christian Ruffinatto élabore un Côtes du Luberon corsé et sémillant. Insatiable travailleur, toujours en quête de la formule magique, il fait naître l'innovation du fond de ses cuves. Attachant personnage !

Des pieds de counoise
C'est un mois de septembre mené tambour battant. Pour avoir la chance de converser avec Christian Ruffinato, habile vigneron du Luberon, il faut sillonner les routes entourant le piton de Ménerbes et guetter un tracteur et son tombereau roulant à vive allure.
Au volant, Christian Ruffinato, la peau tannée par de longues journées passées au grand air, une barbe de trois jours et le cheveu noir en brosse. Ce fils d'immigrés italiens se lance en 2001. C'est Alexis, dit Sissou, un ancien qui portait son raisin à la coopérative, qui, sentant la retraite approcher, lui propose de s'occuper de ses pieds de counoise. "Cela tombait bien, j'avais envie de faire mon propre vin. Et surtout, d'expérimenter de nouvelles voies", dit celui qui est aussi le chef de culture et le maître de chai de La Citadelle, le fameux domaine de Ménerbes.
"Je connais chacune de mes grappes"

Avec six hectares de vignes, Christian est heureux. Ici, on trouve facilement de la vigne à louer, à bon prix. Voilà pourquoi de-ci, de-là, avec cinq sites à la ronde, notre vigneron gère tranquillement son domaine de Petit Poucet. "Six hectares de vignes me suffisent pour faire un travail de qualité. Je connais chacune de mes grappes, je les ai presque toutes tranchées moi-même !" Bon, on ne regardera que d'un oeil la petite escouade de vendangeurs qui manie discrètement le sécateur sur le rang d'en face. "Je joue sur le parcellaire et le terroir : de petites surfaces plantés de cépages différents (grenache, syrah, counoise, carignan pour les rouge, viognier, marsanne et roussanne pour les blancs) et pour le sol, des "gresses" comme on dit chez nous pour le grès, du sable et des cailloux."
Sur cette parcelle de vingt ares seulement, nichée dans la garrigue à quelques jets de pierre du village, Christian n'est pas peu fier de nous montrer les belles grappes d'un Muscat de Hambourg de 40 ans d'âge, une variété avec laquelle on élabore ici habituellement du vin rosé. "Regardez le pied de plus près", insiste-t-il... Nous découvrons des greffons de syrah aux baies d'une belle suavité. "On va voir ce que ça va donner, dit malicieusement Christian, qui réserve ces raisins à sa cuvée l'Infante, sa plus belle bouteille.
Surgreffe de Marsanne

Sur ces collines culminant à 300 mètres d'altitude, Christian Ruffinatto poursuit sa quête, travaille la complexité. Il pratique une viticulture raisonnée, maîtrise ses rendements en sacrifiant quelques beaux fruits, au grand dam de son père qui, décidément, ne comprend toujours pas, malgré les belles saveurs en bouche... "Je recherche le fruit et des tanins soyeux pour élaborer des vins structurés qui vieilliront en cave plusieurs années." Curieux et insatiable, il aime faire des tests sur une cuve ou deux, travaille de vieux cépages oubliés pour amener une touche différente, ou encore surgreffe de la Marsanne, tiens, histoire de voir ce que ça va donner. "Professeur Nimbus" du Luberon, il ose même faire de la fermentation malolactique - assouplissement du vin et perte de l'acidité - sur des blancs. Une hérésie, ma bonne dame ! "Mais je filtre doucement et le vin garde tout son caractère..."
Élevage en demi muid

Les trois semaines de vendanges sont gérées en vigneron expérimenté. "Je sais attendre le moment opportun pour rentrer ma récolte, je veux aller au bout de mes idées sans stress, quitte à prendre un risque avec la météo." En attendant, Christian peine à descendre de son tracteur pour déboucher quelques bouteilles de son cru. Mais avant, il ouvre une porte en contrebas de la propriété pour nous faire visiter le saint des saint : le chai d'où il soutire un jus tout juste rentré et exhalant son terroir d'origine. "Il faut faire très bon, on n'a pas le choix", dit-il en pensant déjà à ses futurs assemblages. Adepte de l'élevage en demi muid pour favoriser une bonne interaction entre le bois, l'oxygène et l'alcool, il vient de racheter deux cuves pour doper sa production.
à l'étage au-dessus, la dégustation est convaincante. Une pluie de fruits mûrs emplit le verre, libérant des tanins soutenus et persistants, avec une finale mêlant subtilement cuir et réglisse. "2004 était très friand, 2005 portait plus sur le fruit, 2006 sera très proche de 2004..." Aussitôt dit et le voilà reparti sur son tracteur...

Les vins de Christian Ruffinatto